La lune à Wadi Rum..

La lune à Wadi Rum..

Lorsqu’il y a la lune à Wadi Rum, c’est vraiment très spécial.. Comment décrire ce que l’on ressent ? Les mots sont bien faibles devant la puissance de ce qui vous submerge.. Essayons tout de même…

Debout au centre de l’immense plaine, immobile, on se sent envahi par cette lumière etrange, étonné, entraîné dans un rêve de lune..

Un monde onirique s’est créé, par la magie de cette blancheur laiteuse, de ces rayons si différents de ceux du soleil, dont ils sont pourtant la simple réfraction.

Mais est-ce vraiment du blanc qui nous entoure ainsi ? Lorsque le lune est pleine, le ciel est bleu velours, le sable apparaît rouge, la roche elle-même tend vers un ocre vague..

On regarde à ses pieds.. et c’est l’ombre lunaire, noire et nette, qui soudain s’anime et danse, vive, telle un elfe doué de vie propre !

Tout à coup on se fige : cette masse gigantesque qui se dresse devant nous, imposante et fière.. c’est le grand Khazali, fendu en son milieu ! C’est un rêve de pierre, une fantasmagorie, une vision engendrée par un esprit des sables ! Baigné d’une brume de lune diaphane et irréelle, le géant n’est plus qu’une ombre chinoise, profil immatériel découpé contre le ciel limpide par un ciseau précis.

Mais ailleurs, recevant de pleine face la puissante clarté blanche, la pierre, retrouvant toute sa matérialité, ruisselle et dégouline de cette lumière d’argent ; chaque détail du rocher, chaque creux, chaque relief, apparaît alors souligné, accentué, sculpté par un artiste fou.

Il n’y a plus ni lieu ni temps.. on est entré dans un autre univers, dans un rêve du désert, dans le monde de la lune..

Et cette lune, elle m’a fait penser à toutes ces lunes, à tous ces « trips de lune » qui m’emportent et m’enchantent au-delà de toute mesure !

Alors les mots ont dansé, ont formé comme une musique silencieuse, et les lunes se sont mises à danser elles aussi..

Il y a des lunes..

Il y a des lunes rondes comme des disques d’argent
Et d’autres découpées en de très fins croissants
Des lunes splendides et fières, belles comme des diamants
Qui dansent immobiles en haut du firmament

Il y a des lunes tristes, pâles et jaunissantes
Qui achèvent leur course en de lentes descentes
Leur clarté faiblissante enveloppe les dunes
Et pour durer encore s’accroche à la pierre brune

Il y a des lunes blanches, des lunes orangées
Qui surgissant soudain de derrière les rochers
Grimpent toujours plus haut dans le ciel étoilé
Comme un ballon brillant qu’un géant a lancée

Il y a des lunes timides, d’un coup disparaissant
Pressées d’aller nulle part, courant et cavalant
Lorsque le ciel s’emplit de mille cotons blancs
Eclairant le désert sous un jour divaguant

Il y a des lunes tardives, qui se lèvent a minuit
Ou encore bien après, quand la fête est finie
Fin croissants renversés qui sourient aux étoiles
Et bercent les vallées d’une douceur opale

Il y a d’énormes lunes, rousses et frémissantes
Gigantesques lampions d’une soirée finissante
Suspendus sur les crêtes doucement ils balancent
Et soudain vers le ciel on les voit qui s’élancent

Il y a des lunes absentes qu’on attendrait en vain
Assis sous les étoiles du soir jusqu’au matin
Mangées du bleu du ciel jamais on ne les voit
On dit qu’elles sont nouvelles mais elles ne sont pas là

Ces lunes et toutes les autres, sitôt qu’elles sont levées
Jouant a se poursuivre en une ronde sans fin
Ces lunes et toutes les autres, on ne sait plus très bien
Les a-t-on vraiment vues ou les a-t-on rêvées ?

Et il y aura encore tellement et tellement de lunes, jamais pareilles, a chaque fois uniques !