Visiter le Wadi Rum

Oui bien sur, j’organise des excursions, des randonnees dans le desert.. et les guide tres souvent !

Visiter Wadi Rum.. Ce terme recouvre tant de facons de faire ! Et ce qui suit tente d’expliquer la différence entre la quasi-totalité des tours proposés et ceux que j’organise. Entre celui (souvent très jeune) qui conduit la jeep du patron pour 10 JD par jour, de facon répétitive, afin de gagner sa croûte, et celui qui éprouve une passion réelle pour ce qu’il fait découvrir, et veut en montrer le plus possible, en s’adaptant à ses clients et en leur offrant le maximum, il y a un fossé, un monde..

Plus qu’un lieu à visiter, un lieu à vivre..
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Il suffit de lire les autres chapitres où je parle de ce désert : pour moi, Wadi Rum est bien plus qu’un site que l’on visite, c’est un lieu à vivre : marcher, et s’asseoir a l’ombre d’une haute paroi colorée, ou l’eau et le vent ont sculpté des reliefs compliqués, s’allonger sur une dune rouge avec le bleu du ciel immense emplissant le regard, et le sable tiède, doux et fin, comme une caresse sur la peau.. marcher encore, et en quelques minutes, meme pas, le paysage a déjà changé..

Wadi Swebet, depuis le Jebel Nughralorsque le soleil disparaît derriere les rochers, transformant en or pur le grès blanc du haut des montagnes, s’installer à l’abri d’une « tor », ces creux profonds dans la paroi, qui semblent vous dire : viens, vois comme on est bien dans la chaleur emmagasinée tout le jour et restituée par la pierre tendre..

et là, regarder les oiseaux fous s’élancer contre l’azur, et contempler les les jeux infinis des couleurs et des lumières.. allumer le feu.. préparer le thé..

Wadi Rum, c’est tout ca, et encore bien plus, et il faut y rester des jours, des nuits, et encore d’autres jours et d’autres nuits, pour se laisser imprégner de tout cela en profondeur, de cette paix intense, jubilatoire qui vous envahit..

Alors bien sur, un jour, ou meme deux ou trois, c’est bien peu.. Mais c’est le temps dont disposent les visiteurs, généralement, et il faut faire avec.

Et si on parle de visite, que celle-ci puisse au moins donner un aperçu, une idée de toutes ces sensations, ces impressions, ce bien-être..

Les sites répertoriés
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A Wadi Rum, « ils » (les bédouins, les responsables..) ont numéroté un certain nombre de spots..

Certains sont incontournables, en effet, comme le sîq étroit de l’impressionnant jebel Al Khazali, qui trône, majestueux de jour comme de nuit (voir « la lune a Wadi Rum »), au centre de la grande plaine sur laquelle débouche le Wadi Rum, vers le sud.

Ce sîq s’enfonce au coeur de la montagne, et de curieux petits bonshommes, souvent en couple, sont graves dans les parois, de chaque cote, la plupart en hauteur, ainsi que des betes a cornes (gazelles, oryx ?) et de tres belles paires de pieds (comme des empreintes), aux orteils nettement dessines !

Mes préférés sont un couple, sur le rocher à gauche de l’avant-dernière piscine (l’hiver l’eau stagne longtemps après les pluies), à hauteur d’yeux : élancés, effilés, d’une élégance extrême, c’est à coup sur l’oeuvre d’un véritable artiste..

Artiste qui vécut il y a combien de millénaires ? Deux, trois, quatre ? Lui et les autres auraient appartenu a la tribu des tamudéens, un des peuples nomades qui sillona la region à ces périodes anciennes..

Ce sîq est magnifique, le site grandiose mais il a un defaut, celui d’être rempli à ras bord de groupes qui défilent toute la journée en haute saison : parfois, on ne compte pas moins d’une trentaine de véhicules sur l’emplacement-parking tout proche, soit environ.. 150 touristes dans le sîq (une bonne moitié) ou attendant (l’autre moitié) à la tente boutique/café de pouvoir y entrer.. !

Um Fruth, sommet. MatinMais il arrive qu’on ait de la chance.. et puis, au moment où j’écris (octobre 2009), la crise économique mondiale atténue passablement les effectifs.. tant mieux pour ceux qui viennent !

A propos de boutique, juste à l’entrée de la gorge, une minuscule boutique, un simple étal en fait, avec derrière un vieux bédouin.. il joue un petit air de rababa (cet instrument des bergers bédouins d’autrefois – et dont bientôt plus personne ne saura jouer).. il n’a pas grand-chose vraiment, mais c’est sympa de lui acheter une babiole (les rababas, même si on n’en joue pas, c’est décoratif), il est gentil comme tout.. son thé est un sirop de sucre !

Il y a aussi les dunes de sable rouge, la petite, adossée au rocher, et la plus grande derrière, un peu moins rouge mais deux fois plus haute, qui se prolonge coté pile très loin le long d’un wadi débouchant plus au nord..

On monte, le sable chaud brûle en été, on prend la photo, on descend en courant (sinon c’est de la triche !).. on écope les pompes (vive les sandales) !

D’autres inscriptions encore, à 800 mètres de la, sur une sorte de « mur a graffitis » foncé, un peu bleuté, dégagé il y a bien longtemps par la chute d’un pan de muraille : troupeaux de chameaux, drôle de bonhomme tres « déssiné », lettres et chiffres bizarres, et autres dessins plus ou moins beaux, ou au contraire maladroits : impossible de dater, mais les nabatéens ont du y mettre leur patte, ainsi que beaucoup d’autres scribouilleurs à toutes les époques.

Ce pan de mur est situe sur la facade ouest d’une montagne assez imposante, qui repond au joli nom de « jebel Infishieh »..

Si vous avez du mal a vous rappeler, il y a un truc.. je vous laisse deviner ! C’est-y pas poétique ?

Plus loin vers le sud il y a aussi un gros mur, haut de deux mètres environ, et fait de blocs de pierres de belle taille, adossé a un petit rocher.

Ca s’appelle « Laurence House », la Maison de Laurence, bien que ce pauvre T.E. n’ait surement pas grand-chose à voir avec ces pierres, étant donné le peu de jours qu’il a mis a traverser ce désert.. (il y rassembla les tribus bédouines, fut frappé par la puissante beauté du lieu.. et continua vers le nord.)

Des blocs de cette taille manipulés au debut du vingtième siècle, cela paraît bien improbable.. surtout par des bédouins, ne connaissant que la tente !

Il faudrait plutot chercher du côté des Nabatéens, par exemple.. Si quelqu’un a des tuyaux, qu’il me contacte !

Si le mur lui-même présente un intérêt très relatif, la vue est magnifique, sur les montagnes du sud.. imprenable, comme on dit.

(Cependant, manque de commerces de proximité, ou bien trop de passage durant certaines journées, toujours est-il que cette jolie « maison » n’a pas encore trouve preneur.. on pense à mettre une pancarte : « à louer/à vendre, contacter Machin » – un fâcheux, dont on inscrirait le numéro..)

Il y a encore les deux grandes arches, celle perchée tout la-haut, sur le jebel Burdah (ça veut dire la montagne froide, parce que sa base est un peu en altitude par rapport à la zone centrale), et sur laquelle grimper est reservé aux bons montagnards, n’ayant surtout pas le vertige (je ne monterai jamais dessus, mais ça m’est egal, j’ai mieux comme balades et comme vues, mais chut !), et l’autre, celle d’Um Fruth, posée par terre, sur laquelle on monte (toujours si l’on n’a pas le vertige..)

A Burdah, il y a un endroit d’où on voit l’arche nettement. Les jeeps y stoppent, et restent la un temps assez long, on se demande bien pourquoi.. pour jouer la montre, pardi !

Et puis une petite arche, qui ne casse pas trois pattes a un canard, mais qui est mignonne tout de meme, au sommet d’un caillou situe un peu a l’est du Khazali, a la pointe nord du jebel Rashrasha.

On y monte aussi en trois minutes.. Celle-la remplace les autres en cas de tour court (a eviter, ca, le tour court ! ..Celui des Tour Operateurs et de leurs programmes imbeciles)

Voila pour les sites numérotés. On va les voir, donc, tous ou presque, pour leur intérêt réel, ou le paysage..

Ah j’oubliais, il y a encore la Source de Laurence (toujours ce cher T.E… c’est qu’il est vendeur !) : tentes bédouines – boutiques, thé a un dinar, un captage d’eau en haut d’un éboulis.. le premier rendez-vous des jeeps remplies de touristes, qui y restent un bon moment, histoire de remplir les deux heures avec le Khazali et la petite arche..) A zapper d’urgence !

Les tours le plus souvent proposés
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Maintenant, imaginez ; une visite du désert qui se résumerait à ça : enfiler ces spots l’un après l’autre, le 4×4 ne s’arrêtant pratiquement jamais entre l’un et le suivant (sauf sur demande pour photo).

A chaque « station » (on n’est pas dans le métro, mais bon), le bédouin rejoint ses confrères, accroupis sur le sable, ou assis sur le rocher, à l’ombre de leur 4×4 ou de la montagne, et papote avec eux, se fichant pas mal de leur cargaison a bobs blancs ou casquettes, qui font cliqueter leurs Canons (ou autres) en attendant de réembarquer..

Quand la liste des sites au programme est completee, la jeep rejoint le campement..

Le plus souvent, il n’y a pas eu de véritable déjeuner, parfois un « lunch box », les véhicules chargés de touristes étant généralement rigoureusement vides de tout équipement, nourriture, matelas, eau, etc..

L’été, il y a tout de même une pause, souvent assez longue parce que le bédouin s’allonge sur un drap épais, une couverture, ou une natte en paille, et s’endort profondément. Le touriste peut méditer, mais comme convivialité on fait mieux..

Wadi Rum avec nous
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Les sites decrits plus haut, bien sur on va les voir (a part cette « Source de Lawrence » et parfois la « Maison », lorsqu’il y a trop de monde)
Mais ces visites (obligees) ne sont qu’une petite partie de l’excursion ! C’est le reste qui vaut vraiment le coup..

On quitte vite la foule, pour aller se balader du cote de M’zelge (« Le Glissant », car c’est une partie inclinee, et l’eau y glisse vers le bas en cas de pluie !), on emprunte un canyon ou on passe le long de rochers rouges, ou encore on monte tres vite sur le plateau, cote est, ou le rocher culminant au nord, pour une vue d’ensemble magnifique..

On remonte dans le 4×4 qui entre temps aura contourne l’obstacle, et on continue ainsi, pour une succession de balades a pied, toujours dans les endroits les plus beaux, canyons, rochers dominant des vues surprenantes, etc.. sans oublier les dunes lorsqu’il y a des enfants !

Lorsque je peux accompagner la balade (je ne peux le promettre a tous en haute saison pour la raison evidente que je ne suis helas pas douee d’ubiquite), ce sont comme des mini-randos, guidees en francais ! (ce qui justifie une petite difference de prix, non ?)

On dejeune a l’ombre en ete, au soleil en hiver, (mi ombre-mi-soleil en intersaison, le plus delicat a trouver !) a l’abri d’une « tor », un de ces creux de rochers si accueillants qui font du Wadi Rum un lieu absolument special et unique, ou il fait si bon s’installer..

Le salon est vite pret (si l’on a termine a pied, il nous attend deja !), avec les matelas en carre et souvent un confortable dossier, contre la paroi (un truc que j’ai appris a mon equipe bedouine, le dossier n’etant pas une evidence pour eux !)

Le cuistot prepare le repas, pendant que l’on sirote un jus de fruits avec quelques biscuits..

L’hiver on doit vite repartir, car la nuit tombe si tot.. mais l’ete, vient ensuite le moment privilegie (et quasi-institutionnel chez les bedouins) de la sieste.. On s’allonge sur place, ou on emporte son matelas a l’ecart, pour une heure de reve.. meme eveille, les decoupes du rocher sur le bleu du ciel vous emmenent dans un autre monde !

L’apres-midi, le periple se poursuit, marche et jeep toujours, et en toute fin d’apres-midi, une autre « tor », chauffee par le soleil nous accueille et nous brite du froid pour la soiree.

Si on campe dans « ma » tor et qu’une grimpette courte mais raide ne vous effraie pas, je vous guide sur un petit sommet tout proche pour un coucher de soleil extraordinaire, avec vue sur toutes les montagnes et les wadis alentour !

Ensuite, il y a le the, bien sur, mais surtout l’apero, car ce n’est pas parce qu’on est en pays bedouin qu’il faut oublier la meilleure de nos traditions !!!

Diner, chansons, oud eventuellement, et on s’assied autour du feu s’il commence a faire froid.

L’ete, pas besoin de feu, tant il fait bon : l’air est sec, tiede, si doux, et les couleurs su soir chantent dans le ciel : roses, mauves, bleu d’abord pale, puis profond.. le Paradis s’il existe doit ressembler a ca..

Nuit a la belle etoile, sous un ciel constelle, ou avec une belle lune qui enveloppe de sa clarte magique les rochers sculptes, le sable.. En cas de fraicheur (hiver ou demi-saison), les tentes 2/3 places sans monrage (Decat’, encore !) sont la pour nous tenir au chaud.

Les balades a pied dependent evidemment des aptitudes a la marche de chacun : ne pouvant moi-meme escalader les montagnes pour cause de vertige (le fameux jebel Burdah, propose par tous les Tour op de randos, ne m’est pas accessible , et vraiment il est dangereux ! On est au niveau 3 dans l’echelle de la grimpe), mais adorant les vues d’en haut, je connais a present pas mal d’itineraires « sommets », tres faisables par la plupart, et ignorees de tous les « guides » bedouins ! (Je mets des guillemets a guides tant ces jeunes depourvus de curiosite et ne conaissant quasiment que les routes des jeeps plus un ou deux canyons tres connus m’exasperent lorsqu’ils se baptisent guides !)

Les vrais guides seraient leurs soeurs et cousines, qui marchenmt encore avec les troupeaux, et les emmenent en haut pour que les betes puissent profiter des bonnes herbes qui ne poussent que sur les rochers ! Ce sont elles, ainsi qu’Ali (lui et ses freres sont les seuls qui ont encore le gout des chemins differents) qui m’ont montre la plupart de ces chemins.. j’en ai aussi decouvert seule, ou avec un ami francais qui bosse parfois ici avec moi et repond au doux nom de Khalaf, son nom de bapteme arabe !

Si vous avez eu la patience de lire jusqu’ici, vous aurez compris qu’il y a un monde entre nos excursions et les tours standards.. !

C’est donc pour ca que vous constaterez parfois (l’arnaque est monnaie courante sur Wadi Rum et certains prennent cher et ne donnent pas grand chose en echange !) une difference de prix entre certaines prestations et les notres : cette difference est faible en general, bien plus petite que la difference dans la prestation elle-meme !