Un changement accéléré – la crise…

Les choses bougent ici a l’allure d’un TGV lancé à folle allure dans un contexte international ou personne ne maîtrise vraiment les commandes.

D’un cote la volonté affichée des autorités de moderniser le pays, d’en faire l’égal d’un de ces émirats du Golfe (dont les données économiques sont pourtant bien différentes) 100 % tourné vers l’Amérique, de l’autre une population encore rurale, bédouine pour quelques 100 000 d’entre eux, et constituée en majorité de petits employés, fonctionnaires (nombreux) et commerçants aux revenus très limités, devenus carrément insuffisants eu égard à une hausse des prix sans précédent des denrées de base !

Couchant 2Car oui, on peut le dire, la Jordanie d’aujourd’hui, c’est la France des années 80, en pire : autrement dit, c’est « la Crise » !

La folie a commencé vers le début de l’été 2006 : entre la fin du printemps et l’automne, le riz, le sucre, les fruits et légumes, le poulet et la viande.. tout a subi des hausses allant de 50 a 100 %, alors que les salaires, eux, malgré des déclarations officielles ayant pour but de tranquilliser les esprits, ne prenaient au mieux qu’un petit 5 ou 10 %..

Ce n’était qu’un début.
2006 et même 2007 ne sont plus qu’un souvenir, de temps où tout était encore un peu accessible !

2008 a marqué un tournant encore plus fort dans cette inflation galopante (inflation des prix, parce que les salaires, eux,..), avec une hausse sans précédent des carburants : le 7 février, l’ordinaire – utilisé par tous ! – est supprimé, l’essence la moins chère, le sans plomb 90, coûtant 35% de plus ; quant au diesel, il prend 70%, tout simplement !

Et, comme si ça ne suffisait pas, au lieu de rester stables sur une longue période (les tarifs précédents étaient ceux d’avril 2006), le prix à la pompe du litre de carburant (ou plutot du jerrican de 20 litres, l’unité de base ici), s’est mis à monter de 7 ou 8 centimes quasiment tous les mois, créant une sorte de panique chronique dans la population. De 31,5 en janvier, le litre de diesel coûte aujourd’hui 70 centimes, soit presque 130% d’augmentation en 5 mois ( !), égalant du coup le sans plomb 90, 70% plus chère que l’ordinaire supprimée.. !

Imaginons simplement des hausses pareilles chez nous !!!

Quant aux denrées alimentaires, c’est bien simple : la France d’avant l’euro, ce n’est pas si loin.. les prix sont quasiment les mêmes ! Mais pas les salaires !!!

Conséquence : très peu de légumes (tomates, oignons, aubergines.. les moins chers) dans les cuisines, quasiment plus de fruits, et une alimantation pas franchement équilibrée pour la plupart.

Cette crise économique sans précédent, dont les causes premières sont les mêmes que partout dans le monde aujourd’hui, frappe de plein fouet la classe moyenne qui émergeait a peine depuis la création de ce pays tout neuf (même pas un demi-siècle d’existence !), la précipitant dans une quasi pauvreté dont les effets se font ressentir durement.

Le choc pétrolier jordanien, lui, est du à l’invasion de l’Irak par les troupes de Georges Bush (le pétrole, ou plutôt le carburant prêt à l’emploi arrivait GRATUIT auparavant, cadeau de ce fou de Saddam Hussein à son « très grand ami » le roi Hussein, puis le privilège s’est transmis à son fils !), et on peut dire que si son intention était d’affaiblir les pays arabes et de f… la m… dans la région, il a pleinement réussi son coup !

Demandez donc à des jeunes femmes (ou jeunes gens) combien d’enfants ils désirent, eux-mêmes étant souvent issus d’une nombreuse fratrie…

Deux, et basta ! est la réponse, quasi systématique.

Et demandez la raison ?

Le coût de la vie, pardi !

Faire face est devenu très difficile, lorsque le prix du kilo de patates dépasse celui des marches français des années 90… on le payait de 3 a 6 francs, soit comme ici maintenant.

Seulement en France il y a dix ans, les salaires étaient de 5 à 10 fois plus élevés ! Et on trouvait déjà que la vie était chère…

Cet exemple pour aider à imaginer ce que peut faire un père de famille jordanien, avec un salaire (courant) de 200 dinars mensuels, et des prix de la France d’il y a 10 ou 15 ans…

Il remplace peu à peu une alimentation à base de poulet, viande (le mouton frais ? 7 JD le kilo.. 7 euros, quoi !), riz, légumes et fruits par la moins chère des « junk foods » accessibles dans les supérettes (le « sanioura », un joli nom pour une grosse saucisse de poulet colorée en rose vif, et dont la composition affiche sans vergogne : sels nitrités ( !) La tomate elle-même, pilier de la cuisine jordanienne (avec le « leban, petit lait de chèvre et brebis), est peu à peu remplacée par le concentré en boîte, bien plus économique (et rapide !)

Attention, étant donné que c’est moins cher que moins cher, c’est l’ingrédient incontournable des « lunch box ».. évitez les lunch box !, « processed cheese » en boite de métal et autres conserves peu saines, même les produits artisanaux deviennent trop chers pour certains… Et l’on continue à cuisiner de plus belle dans des ustensiles en aluminium, l’inox étant hors d’atteinte des bourses modestes.

Alors bien sur les carences se développent, ainsi qu’apparaissent de plus en plus de troubles sanitaires, à en croire les médecins.

D’ailleurs, c’est simple : on entend parler sans arrêt d’un tel ou une telle à l’hôpital, des gens jeunes, des enfants… ça m’étonne toujours, ainsi que les description de maladies bizarres qui les y ont conduits !